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E. Margaret Strang à Collège Frontière, le 6 avril 1929

London, Ontario

Le 6 avril 1929

Cher Monsieur,

Je vous fais parvenir ma mise en candidature pour travailler avec Collège Frontière cet été.

Je termine ma sixième année de médecine à l'Université Western de London, en Ontario et je prévois obtenir mon diplôme en mai prochain. Comme nous passons nos examens finaux en juin, je ne serai pas libre avant le 15 juin et j'ai déjà un contrat pour débuter mon internat à l'Hôpital St-Joseph de Hamilton à partir du 1er octobre 1929.

Je suis une jeune femme de 28 ans en parfaite santé, à ce que je sache. Je suis née et j'ai grandi sur une ferme de l'Ontario, j'ai toujours été habituée au dur labeur et j'en redemande. J'ai passé mes étés à la maison où j'ai toujours occupé la place d'un homme dans les champs. Je peux travailler en équipe, biner un champ de maïs ou récolter des pommes bien mieux que coudre ou tenir maison. Je peux cependant cuisiner un bon et copieux repas. Je peux suffisamment manier les outils d'un charpentier pour construire des tablettes et des armoires, un wagon-restaurant ou un coffre en pin sans trop de difficulté.

J'ai terminé mon bac à l'Université Western en 1926. E. Margaret StrangJe pense que mes résultats académiques sont bons. Pour des informations supplémentaires à ce sujet, veuillez vous référer au Docteur A. B. MacCallum, le doyen de l'École de médecine de Western à London. L'été dernier, j'ai effectué un stage d'un mois dans un cabinet de médecin. De plus, à la faculté de médecine, j'ai toujours été entourée de garçons et j'ai suivi tous mes cours et effectué tous mes travaux pratiques en leur compagnie.

Je n'ai pas de ressources financières qui me sont propres. J'ai gagné un peu d'argent à l'école en travaillant comme assistante bibliothécaire, en offrant des services de tutorat privé et en enseignant à des classes de première année de médecine. Pour le reste, mon père a payé mes études universitaires. Après l'obtention de mon diplôme, j'ai l'intention de tracer mon propre chemin en misant sur ma paire de mains, ma bonne santé et ma cervelle.

En société, je ne suis pas très populaire, je n'ai jamais eu le temps pour ce type de chose mais je m'entends bien avec la plupart des gens - enfants comme adultes.

J'ai suivi quelques cours de musique, surtout en me joignant à des chorales et à des orchestres. Je sais jouer du piano, de l'orgue et du violoncelle. Mon père est l'un des vétérans de notre église et les nombreux membres de notre famille ont été (ou sont) au service de cette église, que ce soit en enseignement à l'école du dimanche ou en occupant la présidence de l'Union des jeunes gens.

J'ai écrit quelques articles pour les journaux locaux et pour la Gazette de l'université et j'occupe aussi le poste d'historienne au sein de plusieurs organisations de l'école.

Je ne sais pas nager- il n'y a jamais eu assez d'eau près de chez nous pour apprendre - ni ramer dans un canoë ni utiliser une arme. Je peux cependant monter à cheval sans selle ou dormir seule dans les bois, à la belle étoile. J'ai aussi un sens de l'humour qui se développe de plus en plus.

Je vous prie de croire, monsieur, que les faits mentionnés ci-haut, vous sont exposés en toute humilité, simplement pour votre information. J'espère qu'ils seront perçus comme des qualifications utiles pour travailler aux frontières du pays ou encore plus loin! Je suis prête à essayer n'importe quoi.

Après mon internat, j'aimerais me diriger vers le nord pour ouvrir un cabinet de médecin mais j'aimerais d'abord découvrir un peu mon pays.

Je comprends que la plupart des représentants de Collège Frontière sont des hommes, mais il y a sûrement une place pour une femme. Je désire vraiment travailler dans une communauté éloignée cet été, préférablement sous les auspices de Collège Frontière. Pouvez-vous me trouver une place?

Je vous prie d'agréer l'expression de mes meilleures salutations.

E. MARGARET STRANG

Les débuts de Collège Frontière

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